• La promesse de l'aube

    Roman Kacew , devenu   Romain Gary  , est un aviateur, diplomate et romancier français, de langues française et anglaise, né le 21 mai (8 mai) 1914 à Vilna  dans l'Empire russe (actuelle Vilnius en Lituanie, pendant l'entre-deux-guerres, Wilno en Pologne) et mort le 2 décembre 1980 (à 66 ans) à Paris.

    Important écrivain français de la seconde moitié du XXe siècle, il est également connu pour la mystification littéraire qui le conduisit, dans les années 1970, à signer plusieurs romans sous le nom d'emprunt d’Émile Ajar, en les faisant passer pour l'œuvre d'un tiers. Il est ainsi le seul romancier à avoir reçu le prix Goncourt à deux reprises, sous deux pseudonymes

     

    “Je fus sauvé par un chat” de Romain Gary extrait de "La Promesse de l’aube" (1960) 

    “Son museau apparut brusquement devant moi entre les bûches, et nous nous regardâmes un instant avec étonnement. C'était un incroyable matou pelé, galeux, couleur de marmelade d'oranges, aux oreilles en lambeaux et avec une de ces mines moustachues, patibulaires et renseignées que les vieux matons finissent par acquérir à force d'expériences riches et variées.

    Il me regarda attentivement, après quoi, sans hésiter, il se mit à me lécher la figure.

    Je n'avais aucune illusion sur les mobiles de cette soudaine affection.

    J'avais encore des parcelles de gâteau au pavot répandues sur mes joues et mon menton, collées par mes larmes. Ces caresses étaient strictement intéressées. Mais cela m'était égal. La sensation de cette langue râpeuse et chaude sur mon visage me fit sourire de délice - je fermai les yeux et me laissai faire - pas plus à ce moment-là que plus tard, au cours de mon existence, je n'ai cherché savoir ce qu'il y avait, exactement, derrière les marques d'affection qu'on me prodiguait. Ce qui comptait, c'est qu'il y avait là un museau amical et une langue chaude et appliquée qui allait et venait sur ma figure avec toutes les apparences de la tendresse et de la compassion.

    Il ne m'en faut pas davantage pour être heureux 

    Lorsque le matou eut fini ses épanchements, je me sentis beaucoup mieux. Le monde offrait encore des possibilités et des amitiés qu'il n'était pas possible de négliger. Le chat se frottait à présent contre mon visage, en ronronnant. J'essayai d'imiter son ronron, et nous eûmes une pinte de bon temps, en ronronnant, tous les deux, à qui mieux mieux. Je ramassai les miettes du gâteau au fond de ma poche et les lui offris. Il se montra intéressé   et s'appuya contre mon nez, la queue raide.

    Il me mordit l’oreille. Bref la  vie valait à nouveau la peine d'être vécue. Cinq minutes plus tard, je grimpais hors de mon édifice de bois et me dirigeais vers la maison, les mains dans les poches en sifflotant, le chat sur mes talons.

     

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  • Commentaires

    1
    Marie.Claude
    Mardi 22 Août à 15:03

    Ce petit extrait de l'ouvrage de Romain Gary me plait énormément, je vais peut-être bien me procurer le livre. Merci Valou.               L'auteur ne cherche pas à comprendre cette soudaine amitié d'un chat affamé mais profite, parce qu'il en est en quête, de la tendresse, de l'attachement soudain qui peut devenir plus tard une vraie amitié.

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